Quelle est la position de la Belgique en R&D pharma & biotech sur la scène internationale ?

Sylvie Ponchaut : « Extrêmement bonne ! Les investissements dans la R&D ont atteint près de 2,6 milliards d’euros en 2015 ; cela représente 40 % de la totalité des investissements privés en R&D, soit le double de la moyenne européenne. A cela, il faut encore ajouter les investissements publics, qui sont substantiels. A elles seules, nos 300 entreprises actives dans la R&D pharma génèrent 20 % du chiffre d’affaires européen dans le secteur. La Belgique a le plus grand nombre de médicaments en développement par tête d’habitant au niveau mondial ! Notre pays est le numéro 2 mondial en matière d’essais cliniques, juste derrière les Etats-Unis. A beaucoup d’égards, nous avons une classe de leaders mondiaux. »

Un exemple concret ?

S. P. : « De nos jours, on parle beaucoup de médecine personnalisée. Il s’agit de poser un diagnostic en fonction des caractéristiques biologiques et génétiques du patient et de générer un traitement adapté. Dans ce cadre, une société wallonne implantée à Gosselies a reçu le prix "Entreprise prometteuse de l’année", pour les progrès accomplis dans la collecte et le séquençage d’échantillons de gènes de la tumeur. Si, par exemple, Monsieur X souffre d’un cancer, on séquence les gènes de sa tumeur ; à partir du profil génétique obtenu, on peut lui proposer une thérapie ciblée "sur-mesure", qui sera plus efficace et lui garantira une meilleure qualité de vie. »

Une autre avancée qui a fait grand bruit, c’est la recherche sur les cellules souches…

S. P. : « Toute cette recherche a débouché sur les initiatives de thérapie cellulaire et de médecine régénérative. En Belgique, la voie a été ouverte par une société de Louvain : elle a introduit en Europe le premier médicament de thérapie cellulaire pour la réparation des cartilages. Après cela, d’autres entreprises wallonnes ont suivi, en développant des produits permettant de traiter des organes malades, comme le cœur et le foie. D’autres sociétés wallonnes développent des traitements pour des maladies osseuses à partir de cellules souches. L’une de celles-ci transforme des cellules souches graisseuses en cellules osseuses pour traiter certaines pathologies. C’est évidemment révolutionnaire ! »

La Belgique s’est également distinguée dans le domaine de la radiothérapie…

S. P. : « … Effectivement ! Plus précisément dans celui de la protonthérapie, une forme de radiothérapie un peu particulière qui utilise des faisceaux de protons dans le traitement de certains cancers. Son avantage est qu’elle est infiniment plus précise que la radiothérapie conventionnelle, ce qui permet de tuer des cellules tumorales sans endommager les tissus sains environnants. C’est vraiment très important pour les cancers pédiatriques ou pour traiter des tumeurs intracrâniennes. La Belgique compte un leader mondial en la matière, avec une société de Louvain-la-Neuve. »

Y a-t-il suffisamment de structures d’accompagnement et de soutien pour les entreprises innovantes ?

S. P. : « D’amont en aval, il y a pléthore d’acteurs. En amont, il y a les offices de transfert de technologie et les structures d’accompagnement au sein des universités, qui aident les jeunes entrepreneurs à créer leur start-up avec les incubateurs associés. En aval, vous avez l’Agence wallonne à l’Exportation, qui aide à commercialiser les produits et à accéder aux marchés internationaux. Au milieu de la chaîne, beaucoup de structures, comme les pôles de compétitivité, peuvent aider à articuler les recherches, souvent sur un mode partenarial. Je déplore néanmoins le manque de lisibilité de toutes ces structures, en particulier en Wallonie ; les jeunes entrepreneurs rencontrent parfois des difficultés à y trouver leur chemin. »

Quel autre progrès majeur pourrait-t-on apporter ?

S. P. : « La Belgique est très bien positionnée sur la scène mondiale, mais le serait encore beaucoup mieux si l’on développait des outils publics pour jeter des ponts entre la Wallonie, Bruxelles et la Flandre. Il faut renforcer les collaborations entre académies et entreprises des trois régions. A l’heure actuelle, il est plus facile pour un Flamand et un Wallon de collaborer avec un Grec ou un Américain que l’un avec l’autre. La demande est pourtant là ! »