Nicolas Cudré-Mauroux,
Group general manager recherche & innovation de Solvay

 

En quoi la faisabilité commerciale est-elle déterminante ?

Nicolas Cudré-Mauroux : « Il faut distinguer la recherche - une activité technique de développement de solutions à des problèmes - de l’innovation - qui va jusqu’à la création de valeur. La découverte d’une solution qui n’amène aucune valeur n’est pas vraiment de l’innovation ! Quand on demande à des chercheurs pourquoi ils démarrent un projet, les premières réponses sont souvent techniques. En général, un projet échoue parce qu’on oublie de poser les questions non techniques, par exemple pour connaître les besoins du marché. Il faut tuer le plus tôt possible les projets qui doivent l’être en posant les questions qui font mal ! »

 

Il faut distinguer la recherche de l’innovation. La découverte d’une solution qui n’amène aucune valeur n’est pas vraiment de l’innovation !

 

Comment évaluer cette faisabilité ?

N. C.-M. : « Il existe plusieurs manières. Par exemple, quand on parle de clients, on pense souvent aux clients directs, mais il y a une chaîne jusqu’au consommateur final. Il faut comprendre qui a le pouvoir de décision le plus important dans cette chaîne. Certains influenceurs, qui ne font pas partie d’une chaîne, ont parfois beaucoup plus de poids que les éléments de la chaîne elle-même. Exemple : un organisme de définition de standards de qualité. »

 

En quoi l’interconnexion des acteurs de l’innovation favorise-t-elle la faisabilité des projets ?

N. C.-M. : Les projets sont de plus en plus rapides et complexes. Pour ces raisons, mais aussi pour des questions de masse critique, il n’est pratiquement plus possible d’avoir toutes les compétences en interne dans une même entreprise. Un écosystème interconnecté et transparent permet d’identifier rapidement des partenaires potentiels.

 

C’est pour cette raison que vous travaillez en collaboration avec des startups…

N. C.-M. : « Absolument ! Elles sont petites, donc très réactives. En revanche, elles n’ont pas la masse critique, ne disposent que de peu de ressources et s’y connaissent moins bien en termes d’industrialisation et de marketing. Grandes entreprises et startups sont pratiquement faites pour travailler ensemble ! Une relation de confiance et une bonne interdépendance alignées sur un intérêt commun aboutissent souvent à une très bonne coopération. De ce point de vue-là, on peut comparer cette relation à celle que nous avons établie avec Solar Impulse. »