Benoît Gailly
Professeur en Gestion de l’innovation à la Louvain School of Management

« Traditionnellement, l’innovation fermée représentait le développement en interne par les entreprises de leurs propres idées, qu’elles plaçaient ensuite elles-mêmes sur le marché.

Or, de nombreuses entreprises ont constaté que cela limitait assez fortement leur capacité à innover, et que le recours à des expertises extérieures pouvait s’avérer très profitable. Plusieurs démarches sont alors envisageables pour l’entreprise :

- soit aller chercher des idées à l’extérieur et les mettre en œuvre en interne.

- soit considérer qu’elle ne possède pas en interne toutes les compétences pour amener une innovation sur le marché. Elle peut dès lors, par exemple, sous-traiter certaines parties du projet.

- soit transférer en cours de développement un projet à un tiers qui se chargera de la mise en œuvre.

- soit combiner les différentes options précitées. »

Surmonter les obstacles

Pour autant, recourir à l’innovation ouverte n’est pas sans risques. Pour Benoit Gailly, « quatre obstacles majeurs peuvent être rencontrés :

- des coûts de recherche et d’évaluation des partenaires éventuels.

- le fait de devoir négocier et contractualiser toute une série de termes commerciaux et de conditions (dont la propriété intellectuelle).

- devoir mettre en place des procédures de contrôle et de partage, savoir gérer les conflits, et éventuellement arrêter la collaboration avec le partenaire si cela s’avère nécessaire.

- il faut combiner différentes manières de fonctionner, de partager les connaissances, etc. C’est la difficulté par exemple entre une PME et une université de travailler avec des gens qui fonctionnent différemment.

En bref : identifier et évaluer les partenaires, négocier et contractualiser, surveiller le contrat, mettre en œuvre et résoudre les conflits et enfin faire face aux différences de culture. »

Compétences nouvelles

Une fois ces risques correctement appréhendés, les avantages de l’innovation ouverte ne manquent pas : « En premier lieu, une réduction tant des coûts que des risques et du temps. Et cela permet de lancer sur le marché des solutions qui combinent des technologies de différentes entreprises.

Par ailleurs, de manière plus générale, une entreprise peut exploiter des économies d’échelle, atteindre de nouveaux marchés et accéder à des connaissances complémentaires.

Cela se fera soit par des accords bilatéraux, soit à plus grande échelle avec des consortiums et des réseaux impliquant un nombre plus grand d’entreprises. »

En résumé, ces différents critères doivent être correctement pris en compte pour développer une innovation ouverte efficace : « Travailler avec des partenaires présente des avantages, mais aussi des inconvénients et exige des compétences nouvelles. Il faut donc bien cerner les cas où les avantages compensent les inconvénients, et développer les compétences adéquates. »